A LA RENCONTRE DE : Claire, faiseuse de looks « bohème chic style retro »

Vos commencez à me connaitre : je m’emballe régulièrement pour des marques
Qui ne m’ont bien souvent pas attendue pour être connues,
Qui entrent soudainement dans mon placard,
Et  qui m’enthousiasment au plus haut point !

Cet hiver, c’est l’univers de NORO  qui m’a emportée pour les filles
(Pas encore testé pour moi)
Et vous le savez, j’étais entre 2 (comme vous d’ailleurs, on en parlait ici) :
* En admiration totale devant les produits
Dont la coupe est parfaite, la qualité indéniable, les tissus superbes :
Joséphine porte la sublime blouse Pan aux marguerites 3D,
Et le manteau Figaro Kaki :

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Adélaïde quant à elle porte 2 articles de l’outlet :
Une blouse blanche à col plissé juste merveilleuse
Et une robe en lin noir à col blanc magnifique
(Enfin, elle portait car Chéri Chéri a respecté les indications de lavage de la robe
– Avec sa nouvelle Miele, oui oui –
Indications qui étaient fausses sur l’étiquette – et la robe irait maintenant à un nouveau né …)
Et elle met régulièrement son foulard marguerites 3D
Ainsi qu’un blouse à fleurs bleues et un pantalon non en ligne (commande possible par téléphone) :

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* Mais en même temps, je trouvais l’ « emballage » de la marque peu « soigné » :
Eshop peu user friendly, collection éparpillée dans le temps et l’espace,
Le service boutique assez éloigné de ce que l’on connait chez Bonpoint par exemple
(Lors de mon 2ème passage, comme la vendeuse ne s’intéressait pas à moi, j’ai ouvert les tiroirs seule
– Les articles ne sont pas tous exposés et se trouvent dans de jolis tiroirs –
On m’a fait comprendre que j’avais eu tort …
Puis mon achat a été mis dans un sac papier sans aucun autre emballage alors qu’il pleuvait …)

Ce paradoxe m’a donné envie de creuser un peu le sujet,
D’aller à la découverte de cette marque qui faisait en premier lieu de la femme puis qui s’est mis à l’enfant
Et de partir à la rencontre de Claire, créatrice de la marque, qui nous en dit plus sur NORO :

CLAIRE, COTE PERSO

Les Trouvailles :
Comment vous présenteriez-vous « côté perso » ?
Claire :
3 enfants, mariée, créatrice du style NORO :
De l’étiquette au design des tissus et ce jusqu’aux thèmes des photos des produits finis.

Les Trouvailles :
Quel est votre parcours ?
Claire :
Je suis une scientifique mélomane … qui aime les belles étoffes !
Pas d’école de mode pour mon plus grand regret : mes parents n’en avaient pas les moyens d’une part,
Et d’autre part mon père ne voyait pas non plus d’avenir dans ce domaine à l’époque.
Il est agrégé en physique … Le dessin c’était juste un loisir selon lui.
Il m’a dirigé vers la musique : au conservatoire dès l’âge de 7 ans où j’ai eu tous les diplômes qu’on pouvait trouver,
Que ce soit en musique classique ou en musique contemporaine .
Je me destinais à devenir ingénieur du son (faire des musiques de film),
Ce qui réunissait mes études de physique (à Pierre et Marie Curie, Paris V) et mes études musicales.
Donc … bien loin du chiffon !

Les Trouvailles :
Avez-vous  toujours aimé la mode ? 
Claire :
Sans prétention, je suis née avec un crayon dans la main !
Je dessinais tout le temps des silhouettes femme avec des vêtements dont je rêvais.
C’est d’ailleurs grâce au dessin et à la musique que j’ai rattrapé ma note de français au bac, pour dire !
J’avais eu 20 en dessin et 19 en musique. Je pensais l’inverse car 20 en dessin : je n’avais jamais eu une telle note pendant l’année.
Ma mère m’emmenait tous les dimanches dans des brocantes, pour chiner du linge ancien (blouse de grand père, robe un peu chemise de nuit en chanvre …).
Son vestiaire c’ était la collection de Marc Jacobs dans les années 90 :
Le retour du vintage en neuf avec bottes à talon en cuir vieilli, jeans légèrement évasés, capelines, blouses dentelle ou roumaines, petites vestes, longues écharpes en laine soyeuses frangées etc
Bref : le look bobo !
Mon père, lui, aimait tous les trucs design des années 60-70, repliqués aujourd’hui à des prix multipliés par 10 …
J’ai ainsi grandi avec tous ces codes.

Les Trouvailles :
Et la mode enfant alors ?
Claire :
Concernant la mode enfant, là franchement, non je n’aurais jamais pensé !
J’ai commencé par la femme. L’enfant je l’ai débuté avec les restes de tissus de ma 1ere collection femme en 2007 avec 5 pièces. Ce sont les clients qui m’ont demandé d’étoffer une vraie collection enfant.

Les Trouvailles :
Quel aspect de votre travail vous plait le plus ?
Claire :
Découvrir les tissus et les assembler.

Les Trouvailles :
A quoi ressemble une journée type de Claire ?
Claire :
Comme j’ai fait le choix de travailler chez moi pour pouvoir m’occuper de mes enfants, ma journée commence à 9h et finit à 18h.
1h de rangement d’abord parce que je n’aime pas travailler dans le désordre ! Il faut que ce soit propre à l’oeil car j’ai toujours quelqu’un qui vient : un coursier, un client ou du personnel …
Apres je suis pendue sur mon ordinateur, à mon bureau non stop.
A 17h je récupère mes enfants. Ils ont une heure de pause où je continue à travailler.
A 18h , j’arrête car il y a devoirs, courses, piano, sport…. Tous les besoins d’une famille de 5 personnes.
A 21h , quand ils sont couchés, je gratte encore un peu si je ne suis pas trop fatiguée. Mais 23h est ma limite sinon le réveil est dur dur le lendemain matin.

Les Trouvailles :
Vos enfants sont-ils habillés par NORO ? Et vous-mêmes ?
Claire :
Mes enfants oui,tout le temps. Forcement je fais de l’enfant donc il faut que je teste sur eux !
Je sais d’où ça vient et la qualité est sure.
Après j’avoue que je peux acheter ailleurs ce que je ne fais pas :
Les pièces en jersey de Caramel Baby & Child , les sous-vêtements Petit Bateau, les tee-shirts Asturo et Akiko …
A quoi bon fabriquer ce genre de produit quand d’autres ne font que ça ?
Mais la base reste toujours NORO, oui.
Pour moi, pas tout le temps car j’avoue être saturée : je les vois tous les jours !

Les Trouvailles :
En cas de blues, qu’est-ce qui vous  rebooste ?
Claire :
La musique !
En hiver particulièrement les chansons de Noel américaines (mais version jazzy svp), ça me met de bonne humeur et ça me fait rêver… Je n’ai jamais compris pourquoi !

Les Trouvailles :
Un péché mignon ?
Claire :
Découvrir des pâtisseries revisitées « haute couture » et qui restent abordables.
Le dernier que j’ai découvert est un pâtissier japonais pas très loin de ma boutique : Mori Yoshida. On a le gout et le design
Un autre : Ciel dans le 5ème. Autre japonais qui fait des sortes de cupcakes géants mais super légers , mon préféré est celui à la figue et framboise.
Allier technique, esthétique et originalité = je suis fan !
Avec mes enfants, on s’amuse les weekends à tester et découvrir ensemble.

Les Trouvailles :
Et si vous n’étiez  plus dans la mode, quel métier choisiriez-vous ?
Claire :
La déco ? Vaisselle et linge de maison ? J’ai plein d’idées… mais je n’ai pas de temps !

CLAIRE, COTE PRO

Les Trouvailles :
Comment la marque est-elle née ?
Claire :
Elle est née lors d’un de mes voyages à Madagascar pour voir ma famille .
L’ile était en plein coup d’état politique, tout était fermé. Les gens souffraient de cette situation (plus de touristes).
Quand j’ai vu ce qu’ils savaient faire, ça m’a époustouflé !
Cesont des gens extrêmement pauvres mais qui ont des doigts d’or. Ils sont nés avec une machine à coudre ou une aiguille à crochet. Ils font toujours la même chose car on ne les guide pas.
J’ai encore ma tante la bas et ma cousine qui travaillent là-bas dans l’humanitaire : elle aide justement des artisans à se faire connaître, à obtenir des micro crédits pour se lancer dans l’export afin de pouvoir vivre de leur travail.
Une femme qui vivait dans la brousse près d’Anstirabé venait voir ma cousine tous les jours. Elle avait apporté des dentelles qu’elle faisait à l’aiguille dans le tissu, elle en avait des tonnes et elle avait besoin d’argent pour elle et ses enfants. Je me suis sentie obligée de faire quelque chose.
Alors je me suis adaptée à leur savoir-faire j’ai intégré ce qu’elle savait faire dans mes modèles. Je suis donc restée un mois seule la-bas où j’ai marché et démarché pour les rencontrer et créer une collection avec ce que je trouvais.
Et jusqu’à aujourd’hui, je continue à m’adapter. Madagascar est loin, très loin ( + de 12 000 km soit 12 h d’avion aller) et il n’y a rien.
J’importe toutes les matières premières et l’administration est très contraignante, il faut s’accrocher. On peut dire que ça fait fuir les créateurs vu que le cout du transport (taxes françaises incluses) revient plus cher que le prix de façon d’un vêtement.
Je suis rentrée fin Novembre 2006 ou j’ai déposé mon dossier au salon Who’s Next pour la femme et j’ai été prise tout de suite malgré le fait que j’avais dépassé la date limite pour m’inscrire et malgré une liste d’attente très longue.
En janvier 2007, pour mon premier salon, j’ai démarré tout de suite : 20 boutiques au Japon, des italiens, des américains, une française etc…
La machine était lancée.

Les Trouvailles :
Pourquoi ce nom « Noro » ?
Claire :
C’est le diminutif de mon 2eme prénom, originaire de Madagascar coté paternel, qui signifie petite Fleur.

Les Trouvailles :
Comment définiriez-vous l’âme de la marque ?
Claire :
Bohème chic. Chic mais confortable.
Faussement classique car il ya toujours un détail qui fait que ce n’est pas classique.

Les Trouvailles :
Avez-vous une équipe ?
Claire :
Non, c’est seulement dans mes rêves de ne pouvoir que dessiner et déléguer à une équipe.
J’imagine que je pourrai faire 10 fois mieux si tel était le cas.

Les Trouvailles :
Comment sont créés les modèles ?
Claire :
A partir des tissus. C’est le moteur de mon inspiration.
Quand je vois un tissu, je vois le modèle dans ma tête. Ensuite j’associe d’autres tissus pour faire la silhouette.
Car NORO c’est un look , une allure, un style, ce n’est pas juste une blouse ou un bas.
Prendre du liberty pour faire une blouse, c’est facile. Construire un style est différent.
Bon nombre de marques se ressemblent car même liberty, même forme … Quel intérêt ? Pour fermer dans 2 ans ?
Liberty, Liberty… J’aime bien mais il y a d’autres talents !
Mes clients veulent à chaque saison une histoire, des nouveaux modèles. Donc je ne me repose jamais sur mes lauriers, je m’efforce de toujours faire des nouvelles choses, trouver des imprimés extraordinaires.

Les Trouvailles :
Où sont réalisés les produits ?
Claire :
Généralement je fais la spécialité d’un pays :
* Ma production à Madagascar pour 2 raisons :
1. J’en suis originaire donc j’y suis attachée. Je connais ses besoins donc je l’aide comme je peux.
2. Ils ont un savoir ancestral de la broderie la plus raffinée au monde, de la broderie ancienne (point de feston, petits jours … Les mêmes broderies que vous trouvez dans les brocantes ou antiquaires), de la technique du smock (le vrai que l’on ne trouve pas ailleurs). Et tout est naturel la-bas. Ils n ont pas d’hôtels 5*, mais leur nature est 5*.
Après je ne fais pas tout à Madagascar, parce qu’ils ne font pas tout non plus.
* Mes tissus au Japon
Parce que la qualité japonaise est la meilleure au monde et leur créativité est inégalable.
Ils ont des processus techniques qui aboutissent à des aspects vintage (alors que c’est du neuf), des mélanges de fibres qui donnent du relief …
Et tout ça donne un tissu d’un toucher exceptionnel avec une qualité qui ne bouge pas.
Leurs tissus sont presque des matières vivantes, certains se patinent au lieu de s’user.
* Mes pulls tricotés au Pérou
Parce que la laine baby alpaca est née là-bas et on n’en trouve pas ailleurs…
Je ne vais pas importer du fil baby alpaca pour faire en Europe. Ce ne serait pas logique et pas éco responsable non plus.
Lors de mon voyage au Pérou en avril dernier, j’ai vu comment ils vivaient : tout le monde tricote, même les hommes !!! En France, dans la rue, on ne voit les gens qu’avec leurs téléphones. Au Pérou, ils tricotent : en parlant, en vendant leurs fruits ou en prenant un café ! C’est magnifique ! Moi cela me bouleverse toujours.
* Mes écharpes en laine cachemire de Mongolie
Parce que l’origine du cachemire est la bas.
* Mes collants en France
On aimerait pouvoir faire tout en France, on en rêve, on ne demande que cela mais ce n’est pas la réalité !
Il faut s’appeler Chanel pour faire en France. Même la propre ligne de Karl Lagerfeld n’est pas faite en France.
Quand c’est fait en France, le plus souvent c’est réalisé par des chinois ou des turcs et quand ce sont des français, ils sous-traitent une partie au Maghreb. Et puis il suffit juste de coudre une étiquette pour avoir le made in France.
Alors Madagascar c’est mal vu parce que c’est pauvre ? Mais les taxes sont presque inexistantes ! La vie n’est pas hors de prix comme en France. A Madagascar, je dépense 20 euros par semaine en prenant des taxis ! Quand je reviens en France, je suis toujours retournée car 20 euros, c’est 4 articles achetés pour me nourrir en 2 minutes au Monop du coin.
Un directeur de banque à Tana d’une société française a un salaire de 500 euros, aligné à l’économie du pays. Alors qu’une personne comme ça en France, pour le même poste dans la même société, gagnera 10 fois plus.
Après oui l’urbanisme est différent, l’état des routes n’est pas aux normes, les conditions de vie sont moins luxueuses.
Le Pérou ne vit pas dans le high tech super luxe non plus mais visiblement il n’en a pas besoin de cette modernité. Il est resté authentique, en dehors de la capitale, les gens ne sont pas en jean et baskets, ils ont gardé leurs costumes traditionnels, leurs identités et leurs traditions.
Donc il faut arrêter de faire l’autruche. Avoir toujours au plus bas prix signifie qu’il y a quelque chose d’anormal de l’autre côté .
Alors moi je rigole quand j’entends des gens qui me demandent : « c’est fait où ? » et qui jugent sans connaître. Les iPhones, ce n’est pas demain qu’ils seront faits en France. Ils coûtent  un « bras », tout le monde en a mais ça, ça ne choque personne !

Les Trouvailles :
N’est-ce pas compliqué de proposer les mêmes modèles pour les 2 collections (femmes/enfants) ?
Claire :
Non justement je ne décline pas le modèle femme en enfant. C’est bien trop facile !
Je ne conçois pas la mode enfant comme taille réduite de la femme.
Je veux que ma collection enfant garde l’esprit enfant, simple et pure voir retro. La femme est femme ou bohème chic.
Seuls des tissus sont en communs.

Les Trouvailles :
Noro n’est pas aussi « visible » que d’autres grands du secteur (en nombre de boutiques comme en visibilité sur le web) : est-ce un choix stratégique  ?
Claire :
C’est un choix.
Quel intérêt d’avoir 10 boutiques à Paris voir dans un même arrondissement ou être dans tous les sites web ?
Moi ca me fait l’effet inverse : ca me fait fuir cet effet de masse qui pousse à la surconsommation. Je n’ai jamais mis les pieds dans un Kooples,Ba&Sh, Maje, Zadig…
J’ai toujours échappé à l’endoctrinement car j’ai toujours été très pointue dans mes choix :
On n’a pas besoin d’être riche pour avoir du style et acheter une belle pièce, faut-il savoir consommer et acheter correctement.
Je recherche le produit rare, le coup de cœur. Je préfère la qualité et l’originalité à la quantité, quitte à ne rien acheter pendant des mois voir des années.
La mode jetable très peu pour moi et qui dit jetable après le 1er lavage dit beaucoup de misère derrière ou alors un maillon de la chaine qui n’a pas été payé correctement.
NORO est présent dans les points de vente les plus pointus dans le monde. Ça nous suffit.
Mais regardez bien les magazines « papier » pour enfant, nous sommes toujours présents autant que les grands. Malheureusement ce sont toujours les étrangers qui nous repèrent les premiers.

Les Trouvailles :
Qui sont vos principaux concurrents ?
Claire :
J’aurais dit OOna l’ourse mais elle n’existe plus,
Ou Honoré à Marseille mais leur ligne enfant n’existe plus,
Ou encore Papillon (avant Bonton) mais cela n’existe plus non plus
Ou bien Bonpoint mais sous la main de Marie France Cohen
(Parce que le Bonpoint d’aujourd’hui est différent de cette époque où il représentait l’âge d’or du bon gout.
La marque se perd : des détails bizarres comme zips ou clous, imprimés ternes, associations de couleurs étranges … Choses qu’on n’avait jamais vues avant)
Et si vous me parlez des industriels comme Chloé, Baby Dior etc :
Leur ligne enfant ne reflète pas un esprit enfant pour moi. Trop propre, trop brillant et trop sophistiqué.
Les enfants ne peuvent pas bouger là-dedans et encore moins aller à l’école avec.
Pas Jacadi non plus : pas du tout la même clientèle. Beaucoup trop classique, trop figé pour moi.
Ma mère m’achetait des robes Jacadi quand j’avais des récitals de piano ou violon, elles etaient belles (la preuve je m’en souviens encore !). Quand je regarde aujourd’hui, je trouve que ça ressemble à Monop, Cyrillus… Ca fait (pardonnez moi l’expression) « QQ » avec leur « nœud nœud », leurs motifs etc.
Caramel Baby & Child a sa patte bien à elle. Idem pour Bonton (même si la qualité laisse à désirer pour cette dernière).
NORO est à part, différent.

Les Trouvailles :
Pourquoi ne trouve-t-on pas les mêmes choses en boutique, sur l’eshop, chez Smallable etc ?
Claire :
C’est très simple : la collection NORO est grande car le client est différent selon le pays.
Quand je fais une collection, je pense international et donc j’ai des critères à respecter (prix, style, couleur, climat …)
Mes clients italiens ne commandent pas comme les espagnols , les américains ou les français :
Les italiens aiment le gris, les espagnols n’aiment pas le rouge , les japonais aiment les imprimés subtiles et le marine, les américains eux préfèrent les imprimés graphiques et les matières sophistiquées, les asiatiques comme les grecs aiment le rose et le tulle.
En Grèce , c’est notre ligne bébé qui est plus développée. Notre client revendeur vend 3 fois plus de bébés que notre propre boutique parce qu’il a la clientèle pour ça.
A New York, si vous trouvez du NORO, ce sera le NORO plus sophistiqué : avec des longueurs de robes ou jupes plus longues. Des tissus plus habillés  et des silhouettes plus apprêtées. C’est leur culture.
En France on préfèrera le NORO bohème dépareillé, couleur marine, taupe, fleuri.
SMALLABLE nous demande des articles presque sur-mesure donc nous nous efforçons de ne pas faire les mêmes modèles afin de diversifier l’offre.
Le site a aussi des contraintes de vente parce que c’est un site web, contraintes que nous n’avons pas en boutique.
Par exemple, pas beaucoup d’articles blancs parce que blanc sur fond blanc, eh bien, ce n’est pas vendeur ! Plutôt des tissus forts.
Il y a aussi la contrainte du prix : sachant que la cliente ne peut pas toucher le produit, un article trop cher en enfant sera  difficile à mettre dans un panier électronique. C’est le cas pour le tissu marguerite 3D  que Smallable a trouvé trop cher d’où seulement une robe bébé et un foulard en ligne.
Dans notre propre boutique, nous sélectionnons aussi en fonction de nos clients.
Beaucoup d’écoles privées dans le quartier donc toujours du marine, du gris, du blanc (couleurs autorisées par ces écoles). Pour les autres ce sont nos imprimés. On en fait toujours plus en boutique car il y a beaucoup de demandes.
On renouvelle chaque mois la collections avec de nouveaux articles mais on ne refait pas forcement ceux qui ont été vendus (car le tissu est souvent limité, ça devient même collector parfois du fait de sa rareté).
On a aussi différentes catégories de clientes : la cliente fan de l’imprimé, fan du smock, la cliente classique, la cliente branché, la cliente pointue, la touriste (qui aime la tour Eiffel et le style parisien rétro)…
Sur notre site, on peut apercevoir des campagnes photos avec des vêtements non disponibles à la vente : soit parce que le tissu n’était plus disponible en production, soit parce qu’il ne convient pas à notre clientèle qui reste à mon sens assez classique. On reste cependant dans nos looks pour aussi les bousculer dans les idées figées.
Enfin, vous avez aussi le facteur Météo… En France nous n’avons presque plus d’été, nous vendons plus d’été au Moyen Orient et en Californie qu’on en vendrait à Paris. Nous ne pouvons pas faire du plein été des le mois de Février. Nous faisons alors une collection demi saison que vous ne trouverez pas ailleurs.
Tout est pensé.

Les Trouvailles :
Quelle est la plus belle chose que vous a apporté cette aventure Noro ?
Claire :
Une seule, c’est difficile ! Disons :
Mon 3eme enfant, du coup ça m’a inspiré , j’ai étoffé la ligne garçon.
Mon voyage au Pérou ,
Et des rencontres, des collaborations de gens talentueux avec leur univers bien à eux, comme :
Wanda Kujacz, Apolline à Paris , Jess Brown, Marilyn Tov, Alia de Ketiketa , Eva de Caramel baby and child, Les Petites Bohèmes, Myriam de chocolat show, Pépé Shoes Italy…

Les Trouvailles :
Quelle est la plus grande difficulté que vous avez rencontrée ?
Claire :
L’administration française,les douanes
C’est toujours compliqué pour rien, c’est lent!
La proportion est telle que je passe 10% de mon temps à créer, contre 90% dans les taches administratives…
Trouver l’erreur !
Et aussi le « trop de vacances » en France : les jours pleins ici c’est du mardi au jeudi, après on n’a plus personne ! C’est un frein à la compétitivité !

UNE DERNIÈRE QUESTION

Les Trouvailles :
Le tissu marguerites 3 D est juste hallucinant, pourriez-vous nous raconter l’histoire de sa création ?
Claire :
C’est finalement un peu un acte manqué.
Quand je ne trouve pas d’imprimés percutants chez mes fournisseurs, j’en crée quand je peux et que j’en ai le courage parce que c’est aussi un gros travail derrière.
Mon fils de 17 ans est fan d’un photographe sur Instagram :  Mustafa, un photographe turc je crois, qui utilise beaucoup le jeu du reflet et de la perspective optique.
Alors je me suis amusée avec lui à faire ce jeu, il venait de pleuvoir : j’ai pris en photo avec mon iPhone des fleurs noyées dans une flaque d’eau que j’ai trouvée sur mon chemin.
J’en ai parlé à mon tisseur japonais qui a peaufiné les couleurs, la forme car c’est sa spécialité. Après quelques mois de travail et le choix de la qualité, j’ai obtenu  ce résultat. Je n’ai fait que 50% du travail : le mérite revient à mon fournisseur, avec qui je collabore régulièrement puisqu’il peut revendre le tissu après à d’autres clients mais la saison d’après.

 

J’espère que, comme moi, vous aurez pu vous faire une idée plus précise de l’esprit de Noro.
Je vous laisse sur quelques photos de la campagne été 2015, photos de Wanda Kujacz

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33 comments

  1. NIMESKERN MARINA says:

    La marque trouve grace (encore !!!) a toi.. qoui dire- coup de foudre! Que c est fait a madagascar ca me ne derange pas,,, tous maintenats ( mais vraiment tous les grands marques depui quand j etais etudient a univer deja)fait sois en chinois sois en inde etc.. bien sur faire la ba c est mois cher au niveay de taxes etc… donc reste juste control de la qualite. Si non apres cette artice j ai envie voyager partout ou il ha les magasins noro pour voir tojs les collection ,,, je suis nk francaise ni italiene etc dons suis ouvere de tous les styles.. j aime et gris et rouje et les choses longues et courts,,, bref tous que est beau sur ma fille! Depuis j ai ma filles j ai commence acheter bcp de vetements pour elle, avec mon fils c est moins drole,,, j ai essaye tous et dior et gucci et chloe et bonpoint bref tous! Donc je peut dire que maintenat en marques francaises je n achete que chloe(mais hyper rare et tres celectif,), bonpoint suis tres decue les 2 dernieres annees donc non … j adore MRA et je trouve valerie juste sublime,,, et NORO- une marque brillante!!! Merci pour cette vraiment magnifique trouvaille

  2. virginie says:

    Moi je connaissais et j’avais été attirée par leur belle pièce mais quand il s’agit de passer à l’achat les canaux de distribution sont à revoir car la boutique ne m’a pas plue et l’eshop non plus. En revanche j adore l’histoire derrière la marque, la raison du lieu de fabrication et les sources d’inspiration. je viens de regarder la collection de cet été avec grand intérêt. Je la trouve tres reussie ! Donc merci pour cet article qui permet de rendre la marque plus humaine et en relief … Bravo!

  3. Fred b says:

    Mille mercis à vous deux pour cet article captivant! J’ai toujours envie de savoir ce qui se passe de l’autre côté du décor de ces superbes marques:l’acte créatif me fascine! Même s’il semble noyé dans une marée de contraintes administratives…

  4. A. says:

    comme c’est intéressant! merci de nous faire connaître l’histoire de cette marque et de sa créatrice, tout prend sens! je ne me douatais pas de tout les enjeux qu’il y a en coulisses! c’est passionnant et les photos de la collection sont des oeuvres d’art! bravo!

  5. .Pirouette says:

    C’est ce qui s’appelle : une interview fleuve. Claire en a des choses à dire sur Elle et sur NORO. C’est sans doute une wonder woman qui a les pieds sur terre et la tête dans les étoiles. Maintenant, je n’ai toujours pas testé la marque, car contrairement à beaucoup d’autres je n’ai pas du tout aimé l’imprimé Marguerite (Sophie étant sans doute trop jeune pour le porter)… Le teasing photos de la collection été 2015 me fait déjà un peu plus rêver. Très belle journée.

  6. OzalidinZürich says:

    Magnifique interview ! Cela me donne très envie d’acheter des pièces Noro pour mes enfants, je suis tellement d’accord avec les valeurs de Claire qui en parle très bien. Merci Clémence d’avoir « mené l’enquête », j’aime décidément beaucoup cette rubrique. Et bravo à Claire pour son parcours brillant, courageux et inspirant !

  7. Karen Liberty & smocks addict ! says:

    merci Clémence de nous éclairer sur cette marque….je t’avoue que je ne la connais très mal, sans doute à cause de sa politique de communication qui me parait bien obscure, voire inexistante…. par contre je suis déçue par son discours par rapport au made in France… et je la trouve très contente d’elle même et très critique à l’égard des marques concurrentes qu’elle connait visiblement très bien m^me si elle se place personnellement bien au dessus….

    • PAris says:

      ou dans l’article tu vois qu’elle se place au dessus ? c’est écrit noir sur blanc qu’elle se place à part.
      si tu ne la connais que tres mal, pourquoi tu critiques?
      si elle est si peu connait selon toi, pourquoi le MONOP lui a demandé de faire 2 fois une collection pour eux?
      t’étais peut etre à l’etranger? ..
      on connait , on donne son avis , ok, on connait pas, on etale pas son ignorance

  8. Camille F says:

    Merci beaucoup pour cette interview absolument passionnante! Oui, le métier de créateur est ultra difficile…
    Super idée de mettre en lumière cette marque peu connue en France et plus à l’étranger visiblement, comme c’est souvent le cas (la faute à Monop??). Il ne reste plus qu’a briser les vendeuses de la boutique non? (quand j’arrive d’Allemagne et que je tombe sur ces portes de prison, je n’ai qu’une envie, courir chez bonton à coté…) et hum, rester raisonnable sur les prix (pas évoqué dans l’interview)
    Bravo et courage à Claire, merci Clémence

  9. M@rie says:

    Superbe idee que cette interview!
    J’aime bien ce que fait cette creatrice, et je trouve son parcours tres impressionnant.
    Ma preference va tout de meme toujours a MRA qui reste plus, comment dire, euh, authentique (? je ne sais pas si c’est le bon terme).
    Apres, le mix des deux est vraiment tentant!
    Belle journee
    M@rie
    (et Bonpoint, je me rends compte que j’y vais de moins en moins… meme pas ete aux soldes vip cet hiver…la collec croisiere a un air de deja vu, je ne sais pas ce qu’ils font…)

  10. Là où je vais...Barbara says:

    J’aime ta franchise Clémence, tu n’hésites pas à pointer du doigt certains problèmes en intro alors que tu vas interviewer la créatrice! Je connaissais cette marque, j’avais acheté des articles il y a quelques années et puis je l’ai un peu oublié, faute de publicité. L’article est intéressant. Bon pour être de la partie ;-) je trouve que Claire manque un peu d’humilité, le mieux le must le parfait pour Noro et le reste c’est de la m…Je connais très bien tout ce qu’elle raconte, il y a des vérités certes, j’aime les looks mais un peu trop cher à mon goût.

  11. vanessa says:

    Mouais, je suis contente d’en savoir plus sur la marque mais je resterai dans mon coin, je n’irai pas plus loin… Les prix et le ton ne m’ont pas convaincue, éblouir la presse pour vendre au compte goutte, ça permet de se faire repérer par une autre marque… Ce que je retiens finalement, c’est Madagascar ;) Et c’est déjà beaucoup!

  12. Caroline CSX says:

    Personnellement, il y a du Noro dans la penderie des filles depuis plusieurs années, grâce à une petite boutique qui distribue la marque près de chez moi. Mais j’ai toujours trouvé les prix excessifs par rapport à l’image de marque associée.
    Et là, à la lecture de votre entretien, j’avoue que les bras m’en tombent un peu…. La créatrice ne se prend pas pour un pépin d’orange!!!!

  13. Victoire Duroy says:

    Suis allée sur le site. Effectivement un peu frustrant . A quoi correspondent les tailles ? Quelle composition ? Quel délai de livraison…..Des soldes ????

  14. Fabienne says:

    A Méditer ….
    Pour avoir vécu un an à Madagascar …voir et côtoyer la misère de ce monde et leur Joie si forte ….Offrir une boîte de paracétamol pour calmer un mal et avoir en retour ce regard plein de reconnaissance ….
    Une population qui n’a rien et qui possède tout ..
    Noro … un luxe que j’ai du mal à positionner dans un lien quelconque ….Des prix sans commentaires …
    Je n’ai pas tout compris …
    Mais encore une fois … Bravo Clémence !

  15. de Rotalier says:

    merci pour cet article, mais j’ai du mal à adhérer à l’esprit de la marque. J’ai du mal avec les prix, le peu de clarté dans les tailles, la communication… et le côté « je sais tout et je fais mieux que les autres » et « on ne peut pas créer en France ». En revanche, j’aime la démarche de faire faire dans des pays en fonction des expertises. Bref, plutôt mitigée, et pas assez convaincue pour franchir le pas et acheter plein pot. Dommage. (et désolée si je suis cash dans mon commentaire, ce n’est pas le but, j’espère ne pas vous avoir froissée). Belle fin de journée

    • Stéphanie J says:

      Bonjour,

      Tout d abord, Belle et sainte année 2015;-)
      Merci Clémence pour cet article que j apprécie beaucoup.
      Je rejoins entièrement de Rotalier…et d autres lectrices plus haut, pas prête non plus à franchir le pas…
      Manque d humilité , manque de clarté, mauvaise com’, prix exorbitants, tout est selon moi un peu fouilli..
      Bon mercredi
      Stéphanie

  16. bénédicte says:

    Le petit pantalon en pied de poule marron et blanc porté une fois et lavé à 30° sans essorage est sorti en taille poupée comme vous Clémence.
    La petite blouse blouse blanche achetée en même temps s’est décousue au col le même jour ; je n’ai pas eu de chance avec Noro…
    Sinon je n’ai pas bien compris le discours sur les salaires à Madagascar et ce qu’elle voulait expliquer avec les téléphones mais ce que je sais c’est une blouse Noro coute quand même plus de 100 euros …
    Enfin, si ses modèles pouvaient descendre de leur arbre…

  17. emilie says:

    moi j’ai d’abord essayé , puis quand j’ai vu que ca viellissait bien , j’ai commencé à acheter régulierement. et je n’ai jamais eu de problème apres le lavage..
    c’est diabolique mais quand on a gouté , on ne peut plus acheter ailleurs
    j’adore NORO,
    elle sait ce qu’elle aime.et ce qu’elle n’aime pas .et alors? elle connait son sujet au moins..
    il n’ y a rien de pretentieux à ça…
    elle ne va pas non plus se rabaisser au bonheur des dames ..au moins elle a la franchise de dire ce qu’elle pense.
    les gouts et les couleurs.n’ont jamais été universels.
    en plus on a toujours tendance à la comparer à des grands..comme BOnpoint..c’est tant mieux pour elle…mais c’est comparer une fourmi à un elephant..ca ne se compare pas.

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